Marie Nimier, célèbre romancière et parolière, est très attachée à sa ville : Val-de-Reuil. Dans un texte qu’elle vient de diffuser, elle défend avec conviction le collège Pierre Mendès France qu’elle refuse de voir fermer. 

Marie Nimier s'oppose à la fermeture de PMF
Marie Nimier s’oppose à la fermeture de PMF

«Je suis la mère de deux enfants, anciens élèves du collège Pierre Mendès France de Val de Reuil, et c’est à ce titre que je vous écris. À ce titre, et parce que je me souviens du jour où le cadet est revenu à la maison avec des champignons – leur professeur de sport avait profité d’une belle journée d’automne pour aller avec ses élèves, à pied, en forêt de bord. Il leur avait expliqué, en prime, comment non seulement reconnaître, mais aussi préparer les champignons. 

Je me souviens du professeur d’anglais qui, en plus de ses cours, menait avec un enthousiasme contagieux les ateliers de théâtre d’improvisation. Ce fut une véritable découverte pour l’aîné – avant, il voulait être pizzaïolo – président de la République. Après, comédien. Ou acteur, selon les jours.

Je me souviens du correspondant anglais et du dîner où il nous a appris à imiter le cri de la chouette. Il se promenait toujours en tee-shirt, il n’avait jamais froid.

Je me souviens du rendez-vous au petit matin pour partir vers le nord de l’Angleterre, et découvrir la petite ville où il habitait. Nous, les parents, courant derrière le car en agitant les bras.

Je me souviens du projet « Les couleurs du vide », sélectionné par le CNES pour envoyer dans l’un de ses avions gravité zéro une expérience artistique conçue par les élèves.

Je me souviens de Madame Brassier, professeur de latin, français et histoire, les larmes quand elle a pris sa retraite.

Je me souviens de la jeune professeur de chinois qui a vidé les classes d’allemand – et des heures, des heures à copier les idéogrammes.

Je me souviens des allers à vélo, des retours à vélo. Un collège, ce ne sont pas seulement des murs. On ne peut pas s’en débarrasser comme ça.

Mes enfants ont poursuivi leurs études au lycée Marc Bloch, ils sont maintenant tous les deux étudiants, l’un commence une thèse en informatique, l’autre a intégré l’École normale supérieure de Cachan, en économie publique, et moi je suis toujours ici, j’ai vu les chaussées rétrécir, les arbres pousser, le théâtre sortir de terre à la place de l’ancienne caserne des pompiers, le marché se couvrir, la dalle se piquer d’étoiles.

Quand je passe aujourd’hui à côté du collège, je n’arrive pas à imaginer qu’il puisse être fermé. Tout aux alentours crie au contraire qu’il faut le laisser ouvert, et lui donner les moyens de se développer. De nouvelles maisons voient le jour, la passerelle vers la gare prend ses marques, les familles s’installent dans l’éco-village. On a besoin, là, d’un établissement scolaire de proximité. Un endroit où l’on est attentif aux jeunes, où ils peuvent apprendre, dans des classes aux effectifs raisonnables, sans perdre leur temps dans les transports.

S’il n’existait pas, il faudrait le construire. Mais il existe, alors pourquoi le rayer de la carte ? J’ai entendu parler d’un projet d’internat attenant au collège, c’est une bonne idée, non ?

Quand on est menacé de disparition, la meilleure façon de s’en sortir, c’est de grandir.»

 

Marie Nimier

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