Grand Débat National : aux Vignettes, les détenus ont leur mot à dire !

Le Grand Débat National s’invite en prison. Ainsi, Marc-Antoine Jamet a animé hier une rencontre avec une quarantaine de détenus volontaires. Plus de deux heures d’échanges à la fois passionnants et constructifs. 

En 30 ans de carrière dans l’administration pénitentiaire, Christophe Loy n’avait encore jamais vu cela. Autant dire que le directeur du centre de détention des Vignettes se souviendra longtemps de cet après-midi du 5 mars où, comme partout en France, le Grand Débat National est passé par la prison rolivaloise. Comme tous les citoyens français, les détenus volontaires avaient donc aussi leur mot à dire.

« Finalement, vous êtes une petite ville de 800 habitants à l’intérieur de la ville de Val-de-Reuil ; on vous demande donc aussi votre avis », indiquait d’emblée le directeur avant d’ouvrir le débat.

Débat animé par le maire de Val-de-Reuil

Inscrite dans une véritable démarche de réinsertion, cette initiative avait enthousiasmé Marc-Antoine Jamet qui a volontiers accepté d’animer le débat. Et pas question pour la quarantaine de détenus mobilisés de faire de la figuration. Pendant plus de deux heures, sans le moindre répit et sans la moindre concession, ils ont pris la parole et débattu avec vigueur et détermination de la transition écologique, de la démocratie, de la fiscalité…

« Le problème aujourd’hui, c’est qu’à chaque fois qu’une loi est votée, l’équipe dirigeante qui suit supprime la loi… Il n’y a aucune cohérence et aucun recul. On n’avance pas », se plaignait un détenu en proposant deux solutions : « soit on les empêche de supprimer une loi avant un certain délai ; soit on garde nos dirigeants plus longtemps ».

Les mêmes problématiques qu’à l’extérieur

Et voilà comment la proposition de revenir au septennat du Président fut longuement évoqué ce mardi. « Et pourquoi on ne ferait pas comme aux Etats-Unis : mesurer la confiance au milieu du mandat ? », proposait un autre, convaincu que notre démocratie est à bout de souffle.

« Finalement, beaucoup de réflexions faites ici aujourd’hui rejoignent les sujets évoqués dans les autres débats partout en France », tenait à préciser Christophe Loy en cours de débat. Preuve qu’en liberté ou derrière les murs de la prison, les mêmes problématiques sont partagées par une majorité de citoyens.

Et parmi elles bien évidemment la question des retraites. « Il faut que les impôts et les taxe baissent pour les retraités. Alors que tout augmente dans la vie, le montant des retraites ne suit pas », s’indignait un détenu bientôt à l’âge de la retraite.

Outre la démocratie, le pouvoir d’achat et la fiscalité, les détenus ont également manifesté un intérêt majeur pour l’écologie. « Il faut changer les comportements : rendre les transports gratuits pour moins utiliser la voiture ; favoriser le biocarburant tout en veillant à limiter la déforestation ». Et plus anecdotique : « Supprimer le défilé du 14 juillet sur les Champs Elysées : c’est une énorme pollution inutile ».

A l’issue de ces deux heures de discussions à bâtons rompus, l’ensemble des propositions faites par les détenus ont été consignées avant d’être transmises à l’Etat… comme lors de chaque débat.

Pourquoi Marc-Antoine Jamet a accepté d’animer ce débat ?

« Plusieurs raisons m’ont immédiatement amené à accepter l’invitation de la direction du Centre de Détention des Vignettes à animer le Grand Débat National  dans l’établissement.

Il m’aurait paru contraire à toutes mes convictions de ne pas considérer l’initiative de citoyens qui, fussent-ils incarcérés, habitent sur le territoire de ma commune et auquel je dois le concours du service public. Il me semble que cette discussion participera, modestement, à une entreprise de réinsertion qu’on reproche suffisamment à l’administration de ne pas assez mettre en œuvre pour ignorer une réunion aussi porteuse de sens.

Ce « Grand Débat » doit permettre aux détenus de connaître et traiter, eux aussi, des questions qui traversent notre société, de s’impliquer dans la vie d’un pays qui est le leur comme le nôtre, d’exercer leur citoyenneté. Ces échanges sont l’occasion de faire remonter les préoccupations, non seulement des détenus, mais également celles de leurs familles et de leurs prochesqui leur rendent visite et qui, d’une certaine façon, ont à partager, au quotidien, leurs conditions d’existence.

Enfin, je voulais témoigner aux fonctionnaires de l’établissement mon respect et mon admiration. Ils doivent être davantage soutenus et accompagnés. C’est aussi la signification de ma présence. Ce constat m’amène à souhaiter que, dans cet établissement particulièrement symbolique, Mme Nicole Belloubet, la Garde des Sceaux, Sébastien Lecornu dans son département, ou mon amie Emmanuelle Wargon, responsable de ce Grand Débat devant le Chef de l’État, se joignent à notre initiative. Ils sont les bienvenus. »