Joueur de Scrabble depuis 40 ans, Yann Le Fur a poussé la porte du club de Scrabble de Val-de-Reuil en 2023. Désormais retraité, il a retrouvé l’adrénaline et la convivialité de la compétition. Portrait d’un passionné de mots pour qui le jeu est avant tout un précieux vecteur de lien social.
Pour Yann Le Fur, l’histoire avec les mots ne date pas d’hier. S’il a replongé dans les grilles récemment, son parcours avec le Scrabble a débuté bien plus tôt. « J’ai joué au Scrabble il y a une quarantaine d’années mais j’ai privilégié la vie de famille. Maintenant que je suis en retraite, je savais que j’allais reprendre », confie-t-il.
C’est alors tout naturellement qu’il se tourne vers le club de Val-de-Reuil en 2023, présidé par Chantal Baudot. « Je connais Chantal depuis plusieurs années, donc je suis naturellement venu au club de Val-de-Reuil, sachant que dans la région il n’y en a pas tant que ça. » Dans un département où les clubs se font rares, la structure rolivaloise s’impose comme une évidence. « L’idée de franchir la porte d’un club est de rencontrer des gens, il y a un vrai esprit d’équipe même si le jeu est complètement individuel sauf pour les interclubs », explique-t-il.
Désormais, le retraité retrouve la vingtaine de membres du club de manière hebdomadaire. « On joue tous les mardis à la salle de la Prétentaine à 14h. Ça reste une compétition, mais très amicale, ça se chambre un peu », s’amuse Yann Le Fur. « Moi ce qui m’a séduit, c’est qu’il y a eu un côté amical au niveau des relations donc c’était parfait. »
Le dictionnaire moderne et l’adaptation
Le retour à la compétition n’a pas été de tout repos pour Yann, confronté aux évolutions majeures de l’Officiel du Scrabble (ODS). « J’ai pris conscience que j’étais resté 35 ans sans jouer, qu’il fallait que je travaille un petit peu. C’est pas comme le vélo », affirme-t-il en souriant. Pour performer, il faut désormais assimiler les nouveaux mots admis, le vocabulaire francophone ou les anglicismes, mais surtout une avalanche d’abréviations. « Anniversaire, c’est devenu « anniv », l’univers, c’est devenu « univ »… »
Cette préparation rigoureuse a permis à Yann Le Fur de grimper les échelons du classement officiel, qui compte sept catégories distinctes. « Quand j’ai repris en 2023, j’étais la septième catégorie. À chaque fois que l’on fait des tournois, on marque des points si on bat des catégories supérieures à la nôtre. Ce qui est important ce sont les anagrammes, ça aide beaucoup, les joueurs adorent ça », explique-t-il. Une réactualisation annuelle lui a permis de rejoindre certains de ses camarades de Val-de-Reuil en quatrième série. Un niveau qui lui ouvre les portes des grands championnats nationaux à Vichy, où l’on bascule dans une autre dimension. « Chez les champions, il y a certaines phases du jeu où ils font 40 secondes de réflexion plus 20 secondes pour écrire. Et là, je peux vous dire que la pression du temps existe. »
L’adrénaline des grilles
Malgré la pression, le plaisir reste le moteur principal de Yann. « J’adore le jeu, il y a une forme d’adrénaline quand on joue », confie-t-il. C’est cette même adrénaline qui offre des moments de grâce en plein tournoi. Lors des Championnats de France à Vichy, il s’est offert un coup d’éclat mémorable en dénichant un mot particulièrement rare. « J’étais très content de jouer un mot que j’avais appris il y a un mois, qui est un oiseau d’Océanie, c’est « TAKAHE ». Il est sorti, c’était le top et je crois que sur 700 joueurs, on était trois à l’avoir vu. »
À l’inverse, la compétition sait se montrer cruelle, notamment face aux coups parfaits du Scrabble, les fameux « nonuples » (un mot qui recouvre simultanément deux cases « mot triple » et multiplie le score par neuf). « Le coup fabuleux, c’est quand on arrive à relier deux cases « mot triple », ce qui fait un nonuple. J’en ai posé un avec JUPONNER », se souvient le retraité. Mais le niveau exigeant des championnats vétérans ne pardonne aucun relâchement. « À côté de ça, on a commencé par jouer CHÉKINA, KUFAT et TAXACÉ… Trois mots que personne ne connaissait dans la salle. Au bout de trois coups, on a déjà 150 points de retard. » C’est surtout le cas lors des parties en duplicate : Le Scrabble duplicate est une formule de compétition où le hasard est supprimé. Chaque joueur dispose simultanément des mêmes lettres et de la même grille, le but étant de trouver le mot qui rapporte le maximum de points à chaque coup. « L’arbitre nous cite 7 lettres, nous les piochons, on réfléchit pendant 2min30 et on lui indique le mot que nous avons obtenu. Nous mettons tous le mot indiqué par l’arbitre qui rapporte le plus de points donc nous avons la même grille. » 
Le joueur conclut avec philosophie sur ce qui guide sa pratique hebdomadaire. « Le Scrabble reste un jeu avant tout. et le jeu, c’est un côté social qui est prépondérant, c’est-à-dire que l’on rencontre des gens, on n’est pas seul chez soi. »
Ainsi, jeunes Rolivalois ou plus âgés sont invités par Yann Le Fur à s’essayer à ce sport cérébral et remuer leurs méninges pour le plaisir comme pour la compétition. Val-de-Reuil est donc une terre de sport jusqu’au bout !
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