Même pour eux, ce n’était pas une évidence. « Je ne le connaissais pas vraiment », reconnaît Gabriel, l’un des 18 élèves de la classe de terminale HGGSP (spécialité Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques) du lycée Marc Bloch. L’établissement porte le nom de cet historien et résistant français que le Président de la République a choisi de panthéoniser le 23 juin et qui reste méconnu du grand public et même des lycéens de Val-de-Reuil. Cet événement national était l’occasion de se saisir de son histoire, pour apprendre la leur. « En spécialité, les élèves travaillent sur « la mémoire ». C’est un très gros chapitre, peut-être le plus lourd du programme, il faut qu’ils abordent des questions qui sont beaucoup plus problématisées que dans le tronc commun », détaille Pascal Jeanne, leur professeur d’histoire.
Depuis le début de l’année, avec l’ensemble du personnel éducatif, il multiplie les initiatives pour lier l’apprentissage de ces futurs bacheliers à la vie de Marc Bloch. « On a appris plein de choses sur ce héros de la Résistance. On comprend pourquoi son nom a été donné au lycée », souffle Alexis, un autre élève. Le lycée de Val-de-Reuil est l’un des trois seuls en France à porter le nom de Marc Bloch. Une particularité qui donne une dimension encore plus particulière à ce projet qui rythme l’année.
1. Journée de la laïcité
La journée nationale de la laïcité, le 9 décembre dernier, a été l’occasion de rendre hommage à Marc Bloch et à son attachement à la République. Cette journée s’est déroulée en présence de Suzette Bloch, la petite-fille du résistant. Les élèves ont participé en entonnant le chant de Résistance italien devenu universel Bella Ciao ainsi que le Chant des partisans. « Ce qui était intéressant, pour cette journée, c’était de voir sa petite-fille. Ça a personnifié le nom de Bloch encore plus. On a assisté à une lecture scénarisée de l’Étrange défaite, cela a pu rendre la chose plus vivante que simplement en entendre parler ou lire », explique Clémentine, l’une des élèves.
2. Visite des archives nationales
Après Marc Bloch le républicain, place à l’historien. Le 28 janvier, l’une des classes du lycée rolivalois s’est rendue aux Archives nationales à Paris. Les adolescents ont eu la chance de tenir entre leurs mains certains documents ayant appartenu au résistant. « C’est émouvant de manipuler des archives en sachant que ces documents ont été tenus par Marc Bloch lui-même, ce n’est pas que du papier. Certaines étaient marquées du tampon d’un voyage à Moscou, avec des inscriptions en cyrillique », se souvient Mathys. Après sa mort, les archives de Marc Bloch ont été transférées en Allemagne avant d’être récupérées par l’URSS lors de la chute du régime nazi. Ce n’est qu’en 1994 que la famille a retrouvé les documents de leur aïeul et a pu en faire don à l’État.
3. Découverte du Panthéon
Le 28 janvier, outre leur visite aux archives nationales, les élèves se sont rendus au Panthéon, là où le cénotaphe de Marc Bloch reposera, associé à la mémoire de son épouse Simonne Vidal, à partir du 23 juin (une tombe sans corps, les cendres du résistant continueront de reposer à Bourg d’Hem dans la Creuse). Ils ont été accueillis par Barbara Wolffer, administratrice des lieux. Gaëtan a été impressionné par l’immensité du bâtiment : « l’architecture est assez belle, il y a beaucoup de couleurs. Quand on rentre dedans, on lève forcément les yeux ».
4. Émotion à la prison de Montluc
La dernière partie de la vie de Marc Bloch est majoritairement dominée par son activité de résistant. Arrêté en mars 1944 à Lyon, il est détenu à la prison de Montluc. Là, il sera torturé pendant plusieurs jours. Cette prison est désormais un mémorial, et la cellule 75 où Marc Bloch a été détenu jusqu’à son exécution le 16 juin 1944 est restée telle qu’elle l’était il y a 80 ans. Un moment très marquant pour les élèves de terminale qui s’y sont rendus le 7 mars. « Se déplacer et voir les lieux qui regorgent de mémoire ça amène du concret dans ce qu’on apprend et on se rend vraiment compte de l’ampleur que ça a eu. On a toute l’atmosphère », souffle Paloma. Les élèves ont tiré des compte-rendus écrits et un vlog de leur expérience du week-end.
5. Recueillement sur les lieux de l’assassinat
Moment le plus intense du week-end à Lyon pour les lycéens avec une cérémonie de recueillement le dimanche 8 mars à Saint- Didier-de-Formans, au monument de Roussille, sur les lieux de l’exécution de Marc Bloch où 29 autres résistants ont été fusillés le même jour par la Gestapo. Une cérémonie en présence du maire de la commune, des représentants de l’Office national des combattants et victimes de guerre de l’Ain. Les lycéens de Val-de-Reuil ont lu des textes du Testament spirituel de Marc Bloch qu’il avait rédigé en 1941. Une expérience très puissante du devoir de mémoire qui fait écho à l’actualité et donne à réfléchir. « C’est important de se rappeler de ce qui a été fait. Quand on voit aujourd’hui le renouveau du nazisme, des gens qui font des saluts nazis dans les rues, on se demande comment on peut penser ça, avec ce que l’on connait du passé », exprime Lohane, l’une des élèves de terminale.
6. Journée spéciale à la MJA
Un dernier moment fort s’est tenu au lycée et dans la ville. Le 7 mai, la MJA a accueilli une table ronde entre les élèves et plusieurs historiens. Certains d’entre eux ont également joué des petites saynètes de 15 minutes illustrant la vie de Marc Bloch.
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