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Discours de M. Marc-Antoine JAMET, Maire et Conseiller Général de Val-de-Reuil – Cérémonie commémorative de l’Armistice de 1918 – Monument Mémoire et Paix – Val-de-Reuil – 11 novembre 2025
Cher(e)s ami(e)s,
La loi, depuis le 1er septembre dernier, interdit aux maires de prononcer des discours qui pourraient être interprétés comme des propos destinés, ce sur quoi je compte bien, à les faire réélire le 15 mars prochain.
Alors je vous propose que, ensemble, après avoir entendu le message de la ministre des Armées, nous rendions hommage à tous les morts de la France, puis, à l’issue de cette cérémonie, que nous nous retrouvions, en lui d’adressant quelques mots, autour de l’olivier qui, à sa mémoire, au Lycée Marc-Bloch, fût planté en l’honneur de Jean-Pierre Cantrelle puisque notre ancien proviseur vient de nous quitter.
Nous sommes le 13 novembre 2015 à Paris. Des bombes explosent au stade de France. Des terrasses de café sont mitraillées, le Bataclan attaqué. Dans la fosse, parmi les corps, un jeune homme ne veut pas mourir.

Le 11 novembre, deux jours plus tôt, il était avec nous au Monument Mémoire et Paix. Avec nous, à Val-de-Reuil où il vient d’être nommé. Avec nous, dans son uniforme un peu trop neuf.
Après la cérémonie, il a rejoint, sa fiancée. Commissaire elle aussi, il l’a connue à l’école de Saint-Cyr-au-Mont d’Or. Ils voulaient écouter un concert de rock. C’est de leur âge. Un policier peut avoir 25 ans. Quand la fusillade a éclaté, il l’a protégée de son corps. Une balle l’a atteint à la colonne vertébrale. Arnaud Beldon est tétraplégique.
L’été suivant, le Père Hamel sera tué dans son église à Saint-Étienne-du-Rouvray, un commandant de police et sa femme, devant leur enfant à Magnanville et, le 14 juillet, à Nice, un camion foncera dans la foule pour la massacrer. Il y aura d’autres attaques, d’autres meurtres, d’autres victimes à la Gare Saint-Charles de Marseille, à la Préfecture de Police de Paris, à la Basilique de l’Assomption de Nice. En 10 ans, 300 innocents mourront dans la folie des attentats par la lâcheté de ceux qui les commirent.
Nous sommes le 6 juin 1944 sur la plage de Colleville et de Riva-Bella. Ils sont 177 commandos. Ce sont ceux du commandant Kieffer. 24 seulement termineront la guerre sans être blessés. Parce qu’ils sont français et libres, ils ont choisi l’objectif le plus redoutable du Débarquement. Depuis les bunkers, les mitrailleuses allemandes fauchent les premiers rangs. Malgré le danger, ils continuent d’avancer sur ce petit bout de Normandie. Ils vont en chasser les Allemands. Parmi eux Léon Gautier. Des 177, il était le dernier. Le 3 juillet 2023, il s’est éteint à plus de cent ans. Comme Hubert Germain, dernier compagnon de la Libération, disparu deux ans avant lui. Comme la résistante Valérie André, la première femme générale, partie au début de cette année.
Nous sommes le 14 mai 2019 dans la Cour des Invalides. Les cornemuses gémissent. On entend un vieux chant de l’armée d’Afrique. Deux femmes pleurent. Contre elles, les photos de Cédric de Pierrepont et d’Alain Bertoncello. Deux commandos de marine. Pour sauver des otages enlevés au Burkina-Faso, ils n’ont pas hésité. Ils sont partis les libérer. Avec leurs camarades en treillis camouflé.
Eux sont encore là. Le béret incliné à gauche. À l’anglaise. Vivants. Tandis qu’ils sont morts en héros donnant leur vie sans un regret, sans un mot, pour des gens qu’ils ne connaissaient pas. Comme les 58 militaires décédés en opérations au Sahel depuis dix ans.

Nous sommes le 21 octobre 2020 dans la Cour de la Sorbonne. Un cercueil est posé sur les pavés. C’est celui de Samuel Paty assassiné. Les flambeaux éclairent la nuit. On entend la voix de Bono chanter One. La foule est en larmes.
Dans ce sanctuaire, entre la statue d’Hugo et celle de Pasteur, on enterre un homme de 40 ans, l’enseignant d’un collège de Conflans-Sainte-Honorine. Une élève, pour ne pas aller en cours, a raconté que ce professeur qui lui apprend histoire a montré des caricatures impies. On l’a tué pour cela… Comme Dominique Bernard le 13 octobre 2023 au lycée Gambetta d’Arras. Ils étaient des enseignants, simplement des enseignants.
Nous sommes le 14 mai 2024, à Val-de-Reuil, à la barrière de péage de l’autoroute A13, avec une équipe de la pénitentiaire. Le plus jeune, Arnaud Garcia, qui est de Blangy-le-Château, et le plus expérimenté, Fabrice Moello, qui est de Thury-Harcourt-le-Hom, transportent une bête fauve, un sourire idiot sous des cheveux orange, un de ces trafiquants qui s’enrichissent médiocrement en vendant de la drogue à la sortie des écoles.
Ses complices veulent le libérer. Ils sont surarmés. Les deux gardiens n’ont aucune chance et leur camion n’est pas blindé. Ils seront exécutés. Leurs collègues grièvement blessés. Ils ont fait leur devoir jusqu’au bout…

Nous sommes à Monte-Cassino entre janvier et mai 1944. Ils sont goumiers, tirailleurs et spahis. Algériens, marocains et sénégalais. Cette campagne d’Italie n’en finit pas. On leur a dit que, de retour au pays, on parlerait de tout. Solde, statut, indépendance pourquoi pas. C’est promis.
Alors, avec les pieds-noirs, les coloniaux, les métropolitains, ils serrent les dents sous la mitraille nazie. À la capitulation allemande, le 8 mai 1945, beaucoup ne recevront qu’une médaille et une pension qui n’augmentera pas. Certains se révolteront. Non sans raison. La République doit payer ses dettes. Surtout si elles sont de sang.
Pourtant, ceux qu’on appelle des supplétifs ou des indigènes, engagés pour la France, combattant pour la France, portant l’uniforme de la France, au Camp de Thiaroye ou à Sétif, ne sont pas morts pour la France, mais par la France. Ce sont des pages sombres de notre histoire commune.
Nous sommes le 7 janvier 2015 à la rédaction de Charlie-Hebdo avec une bande de vieux anarchistes, cheveux longs, qui fabriquent un journal satirique, laïque et joyeux. Des mauvais esprits qui ont bon coeur, Cabu, Wolinski, Tignous, Charb, Honoré, Bernard Maris. Ça boit beaucoup. Ça gueule pas mal. Ils bouffent de l’Imam, du Rabin, du curé. Par habitude plus que par conviction.
La porte s’ouvre. Deux hommes les abattent un par un. Comme des chiens. Comme les clients de l’hyper casher. Comme Clarissa Jean-Philippe, policière municipale antillaise de Montrouge. Avec deux ouvriers à l’entrée de l’immeuble, comme l’officier de sécurité Franck Brinsolaro et Ahmed Mérabet, un policier en patrouille. Trois millions de Français formeront un cortège avec tous les dirigeants de la planète, palestiniens et israéliens en tête, pour dire qu’ils sont Charlie. Avec une certaine idée de la France plus grande qu’elle-même.

Nous sommes en 1945 à l’hôtel Lutétia. Résistants, juifs, homosexuels, tsiganes, ils ont été déportés dans les camps de la mort. Ils ont échappé aux chambres à gaz. Ils reviennent à Paris libéré par la résistance et la division Leclerc, tandis que la 1ère armée française s’est enfoncée en Allemagne. Dans un pays qui vit depuis un an en paix, ils ressemblent à des spectres. La Seconde Guerre mondiale a tué 60 millions d’êtres humains, pour moitié des civils comme à Oradour-sur-Glane ou à Tulle, des résistants comme ceux du Groupe Manouchian. 10 millions ont été exterminés dans les camps de concentration, dont 6 millions de juifs.
Nous sommes en 1954 dans la cuvette de Dien-Bien-Phu entourés de pitons qui portent le nom de jolies filles. Même le ministre des Armées, qui les visite, a trouvé que se mettre dans un trou pour se défendre, ce n’était pas malin, encore moins pour attaquer.
Ils sont parachutistes et légionnaires. Ils sont aussi, et encore, et toujours algériens, sénégalais, marocains, indochinois. Ils vont y laisser leur vie ou partir en captivité.
C’est le début de la fin pour l’Empire Français. L’adjudant-Chef de Légion étrangère Antonio Antonioni, élu rolivalois, parti en Algérie, avec les engagés, avec le contingent et les rappelés, avec les Harkis sacrifiés et scandaleusement ignorés, fera bravement une guerre qui ne pouvait être politiquement gagnée face à des peuples qui obtiendront en 1962 la liberté et les droits qu’ils réclamaient.
Gravement blessé, il recevra quarante après, ici même, des mains du chef d’état-major des armées, certains y étaient, la Légion d’Honneur.
Nous sommes le 24 mars 2018 à Trèbes devant un supermarché. Il est commandant de gendarmerie. Il est brave. Il a de l’honneur et du panache. Trop peut-être. Mais cela s’appelle du courage. Il ne lui a pas fallu longtemps pour prendre sa décision. Il va, lui le chef, le guerrier, prendre volontairement la place, d’une caissière qu’il entend supplier le terroriste qui a déjà tué deux innocents. Arnaud Beltrame, en se jetant sur son adversaire, va y perdre la vie. Comme les trois enfants et l’enseignant de l’école juive Ozar Hatorah tués dix ans auparavant à Toulouse, après trois militaires, Imad, le fils de Latifa ibn Ziaten que nous connaissons, Mohamed Farah Chamsedine Legouad et Abel Chennouf, abattus par un petit délinquant mégalomane.
Nous sommes tout autour du monde. Ils sont là pour maintenir la paix. Ils sont à Beyrouth dans le bâtiment Drakkar où un véhicule piégé tuera 54 soldats français de la paix le 23 octobre 1983. Ils sont en Afghanistan à Uzbin où 10 marsouins sont tués et 26 blessés par les Talibans, le 18 aout 2008, leurs munitions épuisées. Ils sont casques bleus à Sarajevo, en ex-Yougoslavie, le 27 mai 1995, et ils vont charger, baïonnettes au canon, en traversant un pont, le drapeau tricolore déployé, pour faire reculer les Serbes qui veulent s’en emparer. En un demi-siècle les combats menés par l’armée française auront coûté la vie à 1000 officiers, sous-officiers, militaires du rang et fait plus de 6000 blessés
Nous sommes le 7 octobre 2024 et 51 français et binationaux français, nos compatriotes, nos frères, vont être tués par le Hamas. Nous sommes en Ukraine où, parce qu’ils sont français, humanitaires, journalistes de presse ou d’audiovisuel, combattants volontaires, ils sont abattus par des Russes qui les ciblent. Nous sommes à Gaza. Des enfants français sont tués, des employés de l’institut français, des agences de l’ONU, des associations humanitaires, des journalistes et des enseignants qui meurent à leur tour. Ils parlaient notre langue qu’ils avaient étudiée et aimée. Ils font partie des 70.000 morts de cet épouvantable tuerie.
Nous sommes le 11 novembre 2020 à l’ossuaire de Douaumont. Il est allongé sur un brancard. Ou plutôt ce qu’il reste de lui. Comme 7 autres corps de soldats tombés à Verdun qui n’ont pas été identifiés parmi les 1.500.000 militaires français tués, sur 20 millions de morts au total, de la première guerre mondiale. À lui seul, il représente tous « Ceux de 14 ». Un jeune caporal va le désigner. Lui le mort d’entre les morts. Celui de la der des ders, celui dont la flamme éternelle éclaire la Patrie. Celui que tout le monde connait et qu’on appelle le soldat inconnu. Sous l’Arc de Triomphe et un grand drapeau bleu, blanc, rouge, veille sur notre pays celui que, avec tous ses compagnons, d’armes, nous célébrons aujourd’hui.
Souvenons-nous de ces héros anonymes qui se sont sacrifiés pour nous, pour la justice et la paix, pour que la France reste la France, que la solidarité remplace la haine, que l’humanité triomphe de la barbarie.

Alors que les guerres ravagent le monde et que la violence nous envahit, c’est à eux, à leur destin, soldats ou civils, aux pompiers morts au feu également, comme aux policiers et gendarmes tués en opérations, que, fidèles à nos valeurs, à notre devise, liberté, égalité, fraternité, à notre idéal démocratique et républicain, nous dédierons, dans la reconnaissance et la gratitude, la sonnerie aux morts qui retentira, la minute de silence et de dignité, que nous respecterons, la Marseillaise que nous chanterons, ensemble, dans ce monument Mémoire et Paix qui doit rester ce qu’il est : un appel à la vigilance, à l’unité, à l’espérance.
Le Flambeau doit passer de génération en génération. Portez le dans vos familles, dans nos rues, dans vos cœurs.
Vive Val-de-Reuil, vive la République et vive la France.
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