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La laïcité ne se négocie pas !

Il est des questions importantes dont le traitement repose sur une méthode, une cohérence, des convictions. Quand on a l’honneur d’être le Maire d’une commune, il faut être un tant soit peu sérieux. J’ai donc été effaré de découvrir, avec la chute des premiers glands, une sorte de sondage assez obscur, un questionnaire plutôt stupide, déposé, clandestinement, de nuit, entre deux publicités, dans ma boîte aux lettres par un parti d’extrêmes populistes. On m’y demandait ce que je pensais de la laïcité et de la sécurité comme s’il s’agissait d’une lessive, d’un plat surgelé ou de couches pour bébé. Quelle confusion ! Le travail municipal ne consiste pas à rechercher sur tous les sujets le plus petit dénominateur démagogiquement commun entre tous les habitants (du moins ceux qui répondraient à ce genre de « quizz »…), puis, ayant défini – par quel calcul ? – la moyenne de leurs opinions, y compris les plus contestables, à s’y raccrocher en catastrophe pour prendre une décision idiote. Il faut y mettre du sien, il faut y mettre du cœur …

Marc Antoine Jamet - Maire de Val-de-Reuil
Marc Antoine Jamet – Maire de Val-de-Reuil

Pour gérer une commune, il faut d’abord savoir se gérer soi-même – conseil gratuit que je donne à ceux que, en mars prochain, ce beau sacerdoce tenterait -, mais aussi savoir inventer et imaginer, vouloir changer et transformer, bref réfléchir, choisir et agir, faire des propositions à nos partenaires (nous ne vivons pas, seuls, isolés, sur la planète Mars !) et surtout aux habitants qui sont en droit d’en attendre de ceux qu’ils ont précisément désignés pour cela. En d’autres termes, il faut se bouger, faire preuve d’intelligence dans les actes, d’énergie dans leur mise-en-œuvre, de respect dans l’information qui en est donnée aux personnes concernées. Paresseux et amateurs s’abstenir…

La République est un tout

La République, y compris au niveau local, n’est pas un restaurant à la carte, ni un programme d’excursions sur option. Il ne s’agit pas de choisir entre éducation ou emploi, entre hôpital ou commissariat, entre sports ou culture ou, pire, entre différentes catégories d’habitants, les riches et les pauvres, les nouveaux et les anciens, les jeunes et les vieux, ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n’y croyaient pas. C’est un objectif global qu’il faut atteindre et qui transcende, au nom de l’intérêt général et par le service public, toutes les différences. On doit y parvenir avec des moyens financiers limités, sans augmenter dette et impôts. C’est le rôle d’un maire et d’élus honnêtes, efficaces, compétents. Tout le reste n’est que diversion. Ce n’est pas en additionnant au décrochez-moi-ça deux ou trois carottes Poutine, un cageot de choux Salvini, une botte de navets Orban, le tout assaisonné d’une pincée de Bolsonaro et d’un zeste d’Erdogan, qu’on fera le bonheur des Rolivalois. Une Ville a besoin d’un programme et d’un projet. Solides. Utiles. Réalisables.

Ce n’était manifestement pas le but du questionnaire dont je vous parle. Ses auteurs en auraient été bien incapables. Alors, faute d’idées et de projets, ils en sont revenus aux bonnes vieilles méthodes, jouant sur les peurs et les angoisses que nous pouvons parfois ressentir, sortant du placard la laïcité qui, à Val-de-Reuil, serait – selon eux – menacée.

Avec moi pas d’autre drapeau dans les lieux publics que celui de notre Nation, celui de Valmy, d’Arcole et de Verdun. C’est net. Je tiens cette ligne depuis 20 ans et la tiendrai tant que je serai en situation de le faire.

Pour mettre un terme immédiat à cette polémique, je veux vous dire combien, sur ce chapitre, la feuille de route de la Mairie est simple. La loi de 1905, toute la Loi de 1905, rien que la Loi de 1905. La municipalité ne subventionne, ni ne salarie aucun culte, mais elle reconnaît et protège toutes les religions, notamment lorsqu’elles sont établies sous forme d’associations ayant pignon sur rue. La Mairie est indifférente aux dogmes, mais veille à ce qu’ils n’aient strictement aucune influence sur les menus des cantines, les tenues des mariages, la fréquentation des piscines, les programmes des écoles, l’accueil à l’état-civil. C’est clair. Avec moi pas d’autre drapeau dans les lieux publics que celui de notre Nation, celui de Valmy, d’Arcole et de Verdun. C’est net. Je tiens cette ligne depuis 20 ans et la tiendrai tant que je serai en situation de le faire. Dussé-je en décevoir certaines ou certains, y compris parmi les gens qui m’apprécient. Peu importe, la laïcité est pour moi un horizon indépassable. Pas de croix, pas de croissant, pas d’étoile. Tout pour Marianne. J’applique cette politique avec autorité (elle m’est assez naturelle), mais sans autoritarisme. C’est ma manière de faire.

Laïcité pour tous, neutralité pour chacun

La laïcité, que je fais vivre, est juste et précise. Elle est garante du vivre-ensemble. C’est un rempart contre l’extrémisme ou le communautarisme qui font front, ensemble, pour déstabiliser notre pacte républicain. En matière de sorties scolaires, ce ne sont pas des mères de famille qu’il faut humilier, ce sont des enfants, filles et garçons, qu’il faut éduquer. Ce n’est pas la pratique religieuse qu’il faut craindre – elle est garantie par l’État -, c’est la radicalisation qu’il faut combattre au nom de la démocratie, de la liberté de pensée et, évidemment, des droits des femmes (qui, d’après mes observations personnelles, dont je reconnais qu’elles valent ce qu’elles valent, ne sont pas plus diaboliques que les hommes). Pour autant, sommer tous les habitants qui seraient de telle ou telle confession de s’excuser collectivement à chaque fois qu’un fou, prétendument en leur nom, commet un attentat serait odieux et aussi absurde que de ne pas prendre en compte leur inquiétude quand leurs coreligionnaires sont victimes, eux aussi, de violences. Je vais à l’église quand une famille me demande de prendre la parole, après le prêtre de la paroisse, pour rendre hommage à un défunt, pour assister à un mariage ou à un baptème. J’en suis fier et heureux. Je vais à la mosquée quand plusieurs centaines de nos concitoyens qui ont fait de ce lieu le cadre de leur spiritualité se rassemblent, car c’est pour moi l’occasion de parler et dialoguer avec leur association. Quoi de plus normal. Je ferai de même s’il s’agissait de me rendre dans un temple, une pagode ou à la synagogue. Je n’en suis pas pour autant tourné vers le Vatican, la Mecque, Jérusalem ou Katmandou. Peut-être est-ce le cas dans mon for intérieur, ma pratique dans la vie privée ? Vous n’en saurez rien. Comme Maire, je fais montre dans le traitement de ces questions de la plus grande neutralité. C’est mon devoir. J’ai pour ceux qu’elles passionnent le plus grand respect. C’est ma sensibilité.

En public, dans ma fonction, pour mon mandat, ma seule religion, c’est la République : celle de Clémenceau, de Ferry, de Gambetta. Si nous sommes vraiment patriotes (et je le suis), sûr de nous, de notre culture, de notre belle langue française, de nos instituteurs, de nos institutions, de nos agents publics, de notre devise, de notre hymne national et de notre drapeau bleu-blanc-rouge, peut-être même de notre manière de nous vêtir, qu’avons-nous à craindre ? Rien. Comme souvent, ceux qui crient au loup sont des couards, des provocateurs, des plaisantins ou des irresponsables. Moi je tiens la barre entre les écueils. Fermement. Habilement. Calmement.

Marc-Antoine JAMET
Maire de Val-de-Reuil.

 

L’éditorial

 

Les éditos de Marc Antoine Jamet

Val de Reuil_Infos n°15 - DÉCEMBRE 2019 - JANVIER 2020

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La sagesse des Anciens

La jeunesse de Val-de-Reuil n’est plus à vanter. Jeunesse d’une population dont la moitié a largement moins de trente ans. Jeunesse d’une Ville qui ne deviendra commune qu’en 1985. Jeunesse d’une histoire démarrée, hier ou avant-hier, avec les Trente Glorieuses. Des milliers d’élèves envahissent chaque matin nos quatre crèches, nos 14 écoles, nos deux collèges (hélas autrefois trois…), le lycée et le CFA. Deux cents agents municipaux, pas moins, sont occupés à encadrer enfants et adolescents. Des entreprises modernes, récemment installées ou relancées sur les parcs d’activité, recrutent dans des métiers nouveaux.

Il n’est pas jusqu’aux moyennes d’âge de l’équipe municipale ou des fonctionnaires de la collectivité qui laissent apparaître une (relative) juvénilité. Dès lors nos projets, nos priorités sont souvent la conséquence de cette réalité : nous construisons des stades, des gymnases, des centres de loisirs. Assurément, notre pyramide démographique (non inversée !) n’est pas encore un cylindre, ni même un sablier. Il suffit de se promener dans nos rues pour y croiser une foultitude d’individus qui n’ont pas dix ans, des cohortes d’administrés qui jouent encore à la marelle ou à la corde à sauter.

Mais Val-de-Reuil, aussi, unit « les cheveux blonds, les cheveux gris ».

Mais Val-de-Reuil, aussi, unit « les cheveux blonds, les cheveux gris ». Si notre Ville s’efforce de rester fringante et y parvient, ses habitants, parfois, ont vieilli. C’est notre sort commun. On dépose maintenant en Mairie des demandes de permis afin de construire des résidences pour personnes âgées. Alors qu’il ne rassemblait guère plus d’une centaine de convives il y a vingt ans, le traditionnel « repas des aînés » réunit aujourd’hui 600 invités. Un bon millier de colis de noël, serrés par des mains sympathiques, ont franchi à la fin 2018 les portes de l’ancien Théâtre des Chalands. Les pionniers du Vaudreuil Ville Nouvelle – il en reste – ont maintenant quarante-cinq ans de plus au compteur de la vie. Certains trouvent désormais une certaine élégance à s’aider d’une canne.

Marc Antoine Jamet - Maire de Val-de-Reuil
Marc Antoine Jamet – Maire de Val-de-Reuil

Pour autant, dans la cité contemporaine, le troisième âge fait preuve d’une sacrée vitalité. Les associations sportives multiplient les activités ouvertes aux seniors. Les panthères grises font de la gym aquatique à la piscine et de la marche nordique au Vrac. Des retraités, après avoir travaillé toute leur vie, deviennent de précieux bénévoles au RERS, à Lire et Faire Lire ou aux Restos du Cœur, à la chorale ou à la paroisse. On guinche le lundi après-midi à la Maison des Jeunes et des Associations. Ça tangotte, fox-trotte et bossa-nove. Dans des clubs qui apparaissent, on s’intéresse de près à la généalogie et la belotte coinchée. La pétanque à Val-de-Reuil a ses champions quasi millésimés.

Pour mieux entendre, mieux associer, ces femmes et ces hommes actifs, dynamiques, impliqués, qu’on ne saurait qualifier d’anciens sans les faire passer pour des cousins de Mathusalem, j’avais créé un Conseil des Sages sur la suggestion de mon ami Kofi Yamgnane, Maire de Saint-Coulitz, près de Chateaulin, « breton d’après la marée noire » ainsi qu’il le disait en riant, il avait gardé de son enfance togolaise le sentiment ferme qu’on doit respect aux aînés. Déjà Rousseau proposait qu’on transporte, dans chaque village, les dix plus grands vieillards sur une place pour que la collectivité s’en remette à leur sagesse…

Sans verser dans cet excès, cette assemblée purement consultative a fait un excellent travail. J’en remercie ceux qui l’ont composée, dont Jean-Pierre Perrault qui l’a présidée, mais aussi ma collègue Pascale Dumontier qui en a été l’infatigable correspondante auprès du Conseil Municipal. Cependant, je choisissais tous les membres de cet aréopage et il vivait un peu en circuit fermé. Ce n’était ni sain, ni adapté aux temps que nous vivons. Il fallait donc lui donner plus de visibilité pour plus de crédibilité et plus de légitimité.

Tous les Rolivalois âgés de plus de 60 ans et inscrits sur les listes électorales les départageront et en désigneront dix en votant à la MJA le 25 avril

En démocratie, il y a un moyen assez simple de parvenir à ces objectifs : l’élection. Nous l’avons lancée. La formule a plu. Une vingtaine de candidats se sont déclarés. Vous en trouverez la liste dans ce journal. Tous les Rolivalois âgés de plus de 60 ans et inscrits sur les listes électorales les départageront et en désigneront dix en votant à la MJA le 25 avril. Pour respecter les grands équilibres, notamment celui de la parité, et permettre que chacun se sente représenté, j’en nommerai dix autres. Les résultats de la consultation et de la nomination seront proclamés le 8 mai prochain. Ainsi pourrons-nous, dans un mois, consulter cette vingtaine d’esprits pondérés pour insuffler un peu de leurs vertus dans notre travail d’élus au service quotidien des Rolivalois.

Marc-Antoine JAMET
Maire de Val-de-Reuil.

 

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Les éditos de Marc Antoine Jamet

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Maire de Famille

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Une certaine idée de Val-de-Reuil

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Noëlle Boudart est décédée le 24 janvier d'une douloureuse maladie

Le vibrant hommage à Noëlle Boudart

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Maire de Famille

L’hiver commence. Le temps est gris. Il pleut sur Paris. Le parc des expositions de la porte de Versailles n’a jamais été un endroit folichon. Sous les nuages de novembre, il est carrément sinistre. Ses pavillons de plastique, de plexi et de parpaings, regroupés au hasard, ressemblent aux bâtiments d’une zone industrielle ratée. On peut douter qu’un architecte se soit un jour penché sur leur silhouette déglinguée. Le tout ne déparerait pas un paysage post stalinien. Aujourd’hui le béton murmure. Une foule morose se hâte à la recherche d’un abri. Peu de femmes, beaucoup de cheveux blancs, des accents. Les Maires de France sont en congrès. Je suis avec eux.

Le Président de la République ayant fait savoir qu’il était empêché, le Premier ministre doit parler. En politique, Édouard Philippe n’est pas un champignon poussé après la pluie. Une ville, il sait ce que c’est. Au Havre, il a appris. Théoriquement. Pourtant les collègues n’attendent rien de bon de cet après-midi. Un discours pour dire que rien ne va changer ? À quoi bon ! Les conversations sont uniformément désabusées. Ça grogne. Ça se plaint. Ça maugrée. Les collègues qui démissionnent : ceux qui sont fatigués, ceux qui sont découragés, ceux qui perdent pied. Le « métier » n’est plus ce qu’il était.

Marc-Antoine Jamet Maire de Val-de-Reuil
Marc-Antoine Jamet Maire de Val-de-Reuil

Les Maires veulent être aimés. Ils ne sont plus respectés. Les figures républicaines sont dépassées. Gambetta, Jules Ferry, Clemenceau, revenez. Ils sont devenus fous ! Sans l’écharpe, point de reconnaissance. Avec ce n’est guère mieux : « dépêchez-vous ne nous marier, on a prévu une célébration yoga juste après ». Dans les campagnes, dans les petites villes, les Maires n’ont pas choisi de se présenter pour la centaine d’euros que leur rapporte leur indemnité. Le mauvais mousseux leur fait mal au ventre. Comme à tout le monde. Peut-être y sont-ils allés avec un peu d’orgueil, une pincée d’ambition, un petite envie de gloriole, mais, le plus souvent, c’est le goût du collectif, de l’intérêt général, du service public qui les a motivés. Travailler pour les autres, rendre au pays ce qu’il vous a donné, mettre ses compétences et ses idées à disposition d’une commune et la développer. Existe-t-il de plus belle vocation, de mission plus utile ?

Construire une école est un bonheur. Refaire un gymnase est une joie. Transformer un quartier est un défi. Il n’y a pas de travaux ennuyeux ou facile quand il s’agit de moderniser ou d’améliorer. Cyrano, probablement pas le meilleur des gestionnaires, le disait élégamment : « c’est encore plus beau quand c’est difficile ! ». Alors, à tous les collègues, un seul conseil. À tous les maux, un seul remède. Retroussons les manches et allons de l’avant. Pour les habitants.

Alors, bien sûr, les derniers mois ont été rudes. L’impression de ne pas être écouté, de ne pas être considéré, est venue mettre du sel sur des plaies plus anciennes. La montée des agglomérations, trop grandes, trop lointaines, trop techniciennes, sans la moindre responsabilité réelle devant les citoyens, a accéléré le suicide des municipalités. La fin du cumul des mandats a éloigné les députés des réalités et les élus locaux des responsabilités. Les dotations diminuent. Les sujets, la circulation, l’environnement, les jeunes, la culture, sont de plus en plus compliqués. Il devient difficile de construire, d’entretenir ou de réparer un gymnase, une école, une route un cimetière. Dans les Palais Nationaux, les communes, et ce n’est pas d’hier, ne sont plus des priorités. Ce qui a fait le pays, son histoire, sa géographie, sa singularité, est en train de disparaître. La fin  des beffrois et des clochers est programmée. Nos repères disparaissent dans le grand flou uniforme et mondialisé.

Alors on pourrait jeter l’éponge et tout arrêter. Ce n’est pas dans mes gênes. Ce n’est pas dans ma personnalité. J’aime l’optimisme et la volonté. Pas d’états d’âme quand on est au service de la collectivité. On n’en a pas le droit. On n’en a pas le temps. Les nouveaux médias éloignent des habitants ? Il faut donner à tous votre adresse internet, communiquer sur twitter, apprivoiser cette « nouvelle convivialité ». L’esprit de citoyenneté disparaît ? Il faut faire le tour des écoles et voir les petits élèves, à l’invitation de leur institutrice se lever, aller à la rencontre des associations, distribuer médailles et trophées. L’argent vient à manquer ? Il faut aller le chercher là où il est : dans le privé, à l’intercommunalité, dans les crédits exceptionnels comme l’ANRU qui va encore transformer Val-de-Reuil au cours des cinq prochaines années. Le nombre des unions ne cesse de chuter ? Il faut en faire, en mairie, les plus belles des cérémonies. On doute de sa propre utilité ? Il y a assez à faire, par soi-même parfois, dans la sécurité et la propreté, pour ne pas musarder. Les grands projets sont durs à monter ? Occupez-vous en bouchant les trous et en effaçant les tags ou les graffitis. Le manque emploi est le cancer qui ronge la cité ?  N’abandonnez rien, ni le stage pour la jeune fille timide, ni la recommandation pour celui qui roule des biscottos, votre sourire pour les investisseurs et votre disponibilité pour les chefs d’entreprise. La fonction publique est un repoussoir ? Ce n’est pas vrai. Il y a des équipes jeunes, talentueuses, capables.

Construire une école est un bonheur. Refaire un gymnase est une joie. Transformer un quartier est un défi. Il n’y a pas de travaux ennuyeux ou facile quand il s’agit de moderniser ou d’améliorer. Cyrano, probablement pas le meilleur des gestionnaires, le disait élégamment : « c’est encore plus beau quand c’est difficile ! ». Alors, à tous les collègues, un seul conseil. À tous les maux, un seul remède. Retroussons les manches et allons de l’avant. Pour les habitants. Et puis comme toute peine mérite salaire, quand une grand-mère nous salue, avec émotion, ou un enfant nous reconnait, en confiance, rappelonsnous qu’il n’y a pas de plus belle récompense, de plus grand honneur. Je suis un maire de famille. C’est ainsi que je sers Val-de-Reuil.

Marc-Antoine JAMET
Maire de Val-de-Reuil.

 

L’éditorial

 

Le vibrant hommage à Noëlle Boudart

Marc-Antoine Jamet a souhaité rendre hommage à Noëlle Boudart, “la dame de la sécurité sociale”, comme il se plaisait à l’appeler. Élue à Val-de-Reuil depuis 2001, elle est décédée le 24 janvier.

Élue de Val-de-Reuil depuis presque vingt ans, Noëlle Boudart nous a quittés. Notre collègue, notre amie, est décédée mercredi 24 janvier, dans la matinée, des suites de la douloureuse maladie qui lui avait été diagnostiquée quelques semaines auparavant. Cruel, le mal l’a emportée très rapidement. Trop rapidement. Elle venait juste d’avoir 69 ans et ne demandait qu’à vivre. Pour être utile. Pour aider les autres. Pour voir grandir les siens.

Un engagement sans faille

Noëlle était pour notre équipe une mémoire et une vigie. Des deux dernières décennies de la Ville nouvelle, elle avait connu chacun des instants, surmonté tous les obstacles, participé aux réussites.

Dès 2000, elle avait rejoint avec enthousiasme – elle aurait voulu que nous le rappelions – notre liste « Changer la Ville, améliorer la Vie ». Elle était persuadée que Val-de-Reuil, qu’elle aimait et où elle vivait depuis les années quatre-vingts, à deux pas de la route des Sablons, devait évoluer, se transformer ou bien sombrerait.

Très attachée à la Cité Contemporaine, elle ne voulait y voir prospérer ni la misère, ni la violence, ni le chaos. Pour les combattre, elle s’était donc engagée à nos côtés. Spontanément. Elle s’était mobilisée. Entièrement.

“Volonté, sincérité, loyauté”

Prenant naturellement la place qui était sienne, elle s’est alors jetée sans retenue, sans réticence, sans réserve, dans une aventure où tout, diminuer la dette, stopper les impôts, relancer l’investissement, tenir notre rang, ramener la sécurité, paraissait pourtant, à l’époque de ces temps héroïques, incertain et compliqué.

Dans cette lutte, sa volonté, sa sincérité et sa loyauté ne se sont jamais démenties. Elle ne voulait pas, en dépit des années, du plaisir qu’elle avait à rejoindre sa fille près d’Avignon, son fils au Proche-Orient, quitter le bateau ou lever le pied. Il lui restait du travail. Elle voulait le faire. Ce n’était pas une occupation, mais une nécessité et une passion. Tout simplement.

Elle appréciait aussi les voyages de jumelages au cours desquels elle représentait notre pays et sa culture à Workington ou à Ritterhude. Nos interlocuteurs demandaient à ce qu’elle revienne plus fréquemment. Elle participait avec un plaisir non dissimulé à ces journées républicaines où, au bureau de vote (qu’elle tenait avec un mélange de fermeté et de sourire), on voit défiler les électeurs qui déposent dans l’urne un bulletin. Elle n’aurait pas manqué une fête, un repars partage ou une manifestation de solidarité. Elle était fière d’appartenir au Parti Socialiste, celui de Jaurès, Blum et Mitterrand, poursuivant une vie professionnelle bien remplie par une vie militante qui ne l’était pas moins. Nous partagions les mêmes valeurs. En me souvenant de nos derniers mots au CHU de Rouen, mots que, obstinément, nous avions voulu légers, gais, amusants, je regrette que ces moments aient été trop brefs.

Mais Noëlle ne nous avait pas rejoints pour regarder passer les trains. Elle comprenait ce qu’était l’action, les sacrifices qu’il fallait faire, les conversations auxquelles il faut renoncer, le temps personnel qui s’amenuise, et, elle-même, souhaitait avoir un rôle moteur. C’est ainsi qu’elle avait accepté de s’occuper de la vie scolaire et de la petite enfance tout au long de notre premier mandat et, depuis 2008, d’avoir en charge l’état-civil afin, pour notre communauté, de veiller à ce que soit tenue, scrupuleusement, la chronique des naissances, des unions et des disparitions.

Référente du conseil municipal pour l’école Léon Blum, elle était aimée des élèves et de leurs maîtres. N’était-elle pas la grand-mère aimée de cinq petits enfants ?  Ce sentiment ne faiblissait pas au passage des générations et en témoigne la peine des deux directeurs de ce Groupe Scolaire lorsqu’ils ont appris qu’ils ne la verraient plus.

Noëlle Boudart aimait les campagnes électorales
Noëlle Boudart aimait les campagnes électorales

Noëlle était donc une figure importante de notre vie municipale. Mais, au-delà, elle était un repère et un recours pour de nombreux habitants qui venaient lui confier leurs problèmes matériels en Mairie. Dans le cadre institutionnel du CCAS où elle siégeait ou, de manière conviviale, à la volée, au rez-de-chaussée de la Mairie, toujours disponible, elle les écoutait, attentive et bienveillante, mettant tout en oeuvre afin de faire disparaître leur peine, de soulager leurs angoisses, de trouver des solutions.

Pendant longtemps, autant, sinon plus que maire-adjointe, elle est restée aux yeux de beaucoup la « dame de la sécurité sociale », celle que l’on va voir quand la maladie, la vieillesse ou la famille préoccupent. Il est vrai que, dans un métier exigeant, elle avait intégré la caisse de l’Eure, en 1978, à Gaillon d’abord, puis à Évreux et à Louviers, enfin à Val-de-Reuil, recevant au fil d’une carrière tournée vers les autres des milliers de normands.

 

Noëlle était née en Arles, le 12 janvier 1949, et aimait la terre de Provence qui était celle de ses parents, même si – disait-elle – la Normandie lui avait fait perdre son accent. La vie ne lui avait pas toujours été très tendre, mais elle ne se départissait pas pour autant de la bonne humeur qu’elle offrait aux visages qui lui étaient avenants. Du sud, elle avait conservé une élégance agréable et joyeuse dont on remarquait le caractère étudiée en la connaissant.

Sur ce point elle aimait les compliments. Elle pensait retourner « un jour » vers Saint-Pons-la-Calme, en Vaucluse, au nord-ouest d’Avignon, dans cette commune où reposent son père, sa mère et sa grand-mère Plagne. Elle parlait du Gard de sa aïeux Plantevin, du soleil et du mistral. C’est là qu’elle va reposer. Sur son cercueil, rappel du dévouement qui a été le sien pour Val-de-Reuil, du temps et de l’énergie qu’elle y a consacrés, ses enfants ont disposé une photo d’elle avec son écharpe devant la Mairie. Elle y tenait. Nous aussi.

Marc-Antoine Jamet

L’éditorial

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